Introduction d'Alban BOGEAT

Mme la Déléguée générale Wallonie Bruxelles, chère Fabienne REUTER,

Chers membres du Cercle,

Chers amis

 

Nous avons ce soir non pas un, mais deux orateurs, Mme Marie-Laure POLETTI et M. Roger PILHION, que je remercie d’avoir bien voulu accepter notre invitation. Nos deux intervenants sont des spécialistes de politique linguistique et de français langue étrangère. Ils viennent de publier ensemble un livre qui s’intitule « … et le monde parlera français ». Un titre quelque peu provocateur pour un ouvrage qui est une véritable bible de la Francophonie et qui trace aussi des pistes d’action concrètes pour une stratégie de promotion de la langue française dans le monde.

Avant d’en venir au thème de la soirée, je voudrais saluer la présence parmi nous d’une invitée surprise. Surprise parce qu’il y a une semaine à peine que j’ai appris sa venue à Paris. Notre invitée a la lourde tâche de conduire la renaissance du français dans un Etat où il n’y a pas si longtemps (quelques décennies) notre langue était bannie et les enfants durement punis si on les entendait parler français entre eux dans la cour de l’école. Cet Etat a des liens historiques très forts avec la France et avec l’espace francophone (Afrique, Caraïbes).

Cet Etat, c’est la Louisiane, une page a été tournée, notre langue y est aujourd’hui à l’honneur, le gouvernement louisianais a mis en place une agence pour la promotion du français qui s’appelle le CODOFIL, Conseil pour le Développement du Français en Louisiane, et notre invitée surprise, c’est la toute nouvelle Directrice exécutive du CODOFIL, Madame Peggy FEEHAN. Chère Peggy, je vous remercie d’avoir accepté notre invitation. Vous êtes Acadienne du Nouveau Brunswick, tout comme la romancière Antonine Maillet que nous avons reçue avec émotion en novembre dernier. Et vous êtes établie en Louisiane depuis près de 20 ans.

Je voudrais rappeler à cette occasion que l’année 2018 est particulièrement symbolique pour la Louisiane puisque c’est à la fois le tri-centenaire de la fondation de la Nouvelle Orléans, et le cinquantenaire de la création du CODOFIL. Et vous êtes à Paris pour déposer la demande d’adhésion de la Louisiane à l’OIF en tant que membre observateur. Merci encore d’avoir accepté notre invitation, chère Peggy, et je forme le voeu que nous puissions inscrire une soirée Louisiane avec vous au programme d’un de nos futurs dîners.

Pour revenir au thème de la soirée, Roger PILHION et Marie-Laure POLETTI ont choisi comme sujet : « Le français, deuxième langue de communication internationale au XXIème siècle? Du discours politique aux propositions concrètes ».

Il s’agit d’un thème ambitieux qui m’a donné l’idée de m’amuser à faire une petite analyse - à la manière des consultants en stratégie - des forces, des faiblesses, des opportunités et des menaces pour la langue française.

Quelles sont pour commencer les Forces de la langue française à l’international: (j’en ai retenu 3)

  1. Le français est présent sur les 5 continents, ce qui est une situation assez exceptionnelle. (Le chinois, l’arabe ou l’espagnol n’ont pas une telle couverture géographique). Le français est « une langue archipel », comme l’a dit récemment le chef de l’Etat.

  2. Le français est langue officielle de nombreuses organisations internationales, et peut s’appuyer sur l’OIF qui regroupe 84 Etats et gouvernements.

  3. Enfin 3ème atout : le français dispose d’un réseau d’enseignement mondial (Alliances françaises, Instituts français, Lycées français), et l’Agence Universitaire de la Francophonie  regroupe plus de 800 universités dans une centaine de pays.

Ensuite quelles sont les Faiblesses ?( également 3…)

  1. Hors de France, les francophones sont minoritaires dans leur pays. C’est le cas en Belgique, en Suisse, au Canada, au Liban (a fortiori en Louisiane) et c’est bien sûr une situation de vulnérabilité.

  2. Sur les 84 membres de l’OIF, il n’y en a que 29 où le français est langue officielle (et dans plus de la moitié des cas il partage ce statut avec une autre langue au moins)

  3. Enfin 3ème faiblesse, dans les pays du sud où le français est langue d’enseignement, les taux de scolarisation sont souvent très bas. L’apprentissage du français par les nouvelles générations n’est donc pas assuré.

Voyons maintenant les Opportunités pour le français

  1. La démographie en Afrique francophone… C’est une opportunité certaine à condition d’assurer l’accès à l’éducation pour les nouvelles générations.

  2. Un Président de la République qui affiche la volonté de promouvoir la langue française à l’international.

Dans son récent discours à l’Académie, le chef de l’Etat a annoncé des mesures,

- pour soutenir les systèmes éducatifs des pays francophones d’Afrique,

- pour promouvoir l’utilisation du français dans la vie économique internationale,

- pour favoriser la mobilité des artistes et créateurs francophones du monde entier.

  1. Le Brexit : sur les 27 pays membres de l’Union Européenne il n’en reste qu’un majoritairement anglophone, l’Irlande avec moins de 5 millions d’habitants. C’est une chance à saisir pour le plurilinguisme en Europe: et le chef de l’Etat a rappelé que tous les jeunes européens devraient apprendre deux langues étrangères (en plus de leur langue maternelle).

Je terminerai avec les menaces potentielles pour la langue française à l’international

  1. La mondialisation de l’économie : l’anglais est bien sûr la langue de travail des firmes multinationales.

J’atténuerai cette menace en disant que la mondialisation de l’économie peut aussi avoir des retombées positives pour le français: grâce au potentiel que représente l’espace francophone : la Chine s’intéresse à l’Afrique. C’est le cas aussi de l’Allemagne, où la confédération allemande des PME a créé un département francophonie, confié à une jeune femme d’origine africaine, formée en France.

  1. Le risque que certains pays basculent leur système d’enseignement vers l’anglais (cas du Rwanda)

  2. Paradoxalement, l’attitude des Français eux-mêmes, qui évolue entre méconnaissance de l’enjeu que représente la Francophonie, indifférence, défaitisme, ou snobisme de l’anglomanie. Cette attitude est hélas entretenue par les médias. Espérons que le volontarisme affiché par le Président de la République aura un impact positif.

Alors en conclusion, le français « deuxième langue de communication internationale au 21ème siècle ? » pour reprendre le thème de notre dîner-débat.

Comme vous le voyez le français a des atouts, qui peuvent lui permettre de surmonter ses faiblesses, il a des opportunités à saisir, et les menaces auxquelles il est confronté ne sont pas insurmontables.

Je livre tout cela à votre réflexion, et en attendant d’écouter tout à l’heure nos deux spécialistes, je vous souhaite des échanges chaleureux et enrichissants.