
Fatou Diome est une écrivaine franco-sénégalaise. Elle s’impose avec Le Ventre de l’Atlantique (2003), un roman marquant sur l’immigration, l’exil et les illusions de l’Europe. Son œuvre explore les thèmes de l’identité, du déracinement et du dialogue entre l’Afrique et l’Occident. Elle est aussi connue pour ses prises de parole engagées dans le débat public.
Compte-rendu du 2 décembre 2025 :
Présentation d’Alban Bogeat :
« Madame la députée, et Déléguée générale de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, chère Amélia Lakrafi,
Excellence, Mme Corina Calugaru, Ambassadeur de la République de Moldavie, et présidente du GAFF,
Excellence, M. Moctar Diop, Ambassadeur du Sénégal,
Madame la Ministre, chère Élisabeth Moreno,
Mme Anne-Marie Jean, Déléguée du Québec aux Affaires francophones et multilatérales,
Mme Nivine Khaled, Directrice de la langue française et de la diversité des cultures francophones à l’OIF
Chers membres du Cercle Richelieu Senghor,
Chers Amis du Cercle,
C’est toujours un plaisir de vous retrouver dans ce lieu emblématique auquel je suis très attaché. Merci d’être venus si nombreux !
Ce soir, comme chaque année au mois de décembre, nous vivons un moment important : la remise du Prix Richelieu Senghor qui distingue une personnalité ayant œuvré de manière exceptionnelle au rayonnement de la langue française et de la francophonie.
Cette année, c’est le Sénégal qui est à l’honneur, et nous avons la joie de célébrer l’œuvre et le parcours de notre lauréate, Madame Fatou Diome.
Avant de lui rendre hommage, permettez-moi de dire quelques mots de notre Cercle.
Créé en 1971, le Cercle Richelieu Senghor est un espace d’échange et de réflexion sur les enjeux de la francophonie (et le dialogue des cultures). Il s’intéresse depuis plus de 50 ans à ses dimensions culturelle, linguistique, géopolitique mais aussi économique, avec la volonté constante de mettre en avant les valeurs de solidarité, humanisme et universalité qui animaient Léopold Sédar Senghor et les pères fondateurs de la Francophonie.
Notre ambition est simple mais forte : faire vivre, au fil de nos dîners-rencontres, un réseau d’amitiés où idées et cultures se croisent, où l’on apprend les uns des autres, et où la francophonie se pense au présent comme au futur.
La francophonie vit à travers celles et ceux qui la portent, la transforment, l’incarnent.
C’est pourquoi nous voici réunis autour de Madame Fatou Diome, dont l’œuvre littéraire, profondément marquée par l’expérience humaine, s’inscrit dans la grande lignée des auteurs qui ont fait de la langue française un espace d’hospitalité, de liberté et de création. Et on trouve là un lien tout naturel avec Senghor, dont le prix que nous décernons aujourd’hui porte fièrement l’héritage.
Votre dernier ouvrage, chère Fatou Diome, Aucune nuit ne sera noire, que j’ai lu avec émotion, est un chant d’amour pour vos grands parents qui vous ont élevée, l’histoire lumineuse de la relation très forte entre un grand-père et sa petite-fille, le vieux capitaine et son petit matelot à qui il enseigne à affronter l’océan de la vie. Ce récit sensible et universel révèle ce qui fait la force de votre écriture : une capacité rare à mêler la tendresse, le combat, l’humour et la lucidité, tout en maintenant une exigence littéraire constante.
Au-delà de la francophonie, au-delà même de la littérature, un lien profond unit Senghor et Fatou Diome : la matrice sérère. Cette culture, cette mémoire, cette vision du monde façonnent chez eux un rapport singulier à la parole, à l’autre et à la dignité humaine.
Tous deux sont enfants du Saloum, région côtière du Sénégal où les traditions sérères ont modelé un humanisme direct, concret, nourri de solidarité, de respect et de transmission. Un pays où l’eau dialogue avec la terre, où les estuaires ouvrent l’horizon autant qu’ils enracinent. Cette géographie forge des caractères ouverts vers le large et pourtant fidèles à leurs racines.
Chez Senghor comme chez Fatou Diome, la parole n’est jamais un simple outil ; elle est un lien, un engagement. Tous deux partagent la conviction que la langue peut être un pont, que la littérature peut faire tomber les murs, et que l’identité n’est pas un enfermement, mais une ouverture.
Dans vos textes, chère Fatou Diome, la mer devient un passage. Elle relie autant qu’elle sépare. Elle porte l’Afrique vivante, l’exil comme épreuve, et cette quête obstinée d’une citoyenneté plus vaste que les frontières.
Ce qui unit profondément Senghor et Fatou Diome, c’est une même philosophie : la certitude que les cultures s’enrichissent mutuellement, que la différence est une chance, et que l’humain prime toujours sur les idéologies.
Senghor et Fatou Diome, ce sont deux générations, deux parcours, deux écritures.
Et pourtant, une même source les irrigue : une culture enracinée mais ouverte, fière mais jamais exclusive.
L’un a porté cette inspiration à la fois dans sa poésie, dans sa pensée et dans son action politique.
L’autre en fait une parole engagée, vivante, tournée vers les défis d’aujourd’hui.
Tous deux font vivre un humanisme lumineux et exigeant.
Senghor a écrit :
« Je suis métis culturel (…) c’est en sérère que je suis enraciné. Mais cet enracinement ne s’oppose nullement à l’universel, il le nourrit »
Vous prolongez, chère Fatou Diome, cette tradition en l’inscrivant dans les réalités d’aujourd’hui : migrations, discriminations, mondialisation, défis de la jeunesse et de la mobilité. Votre écriture, engagée et poétique, donne voix à ceux que l’on entend peu et crée des ponts entre des mondes qui trop souvent s’ignorent.
Ainsi, du Saloum aux rivages littéraires contemporains, une même lumière circule, que Fatou Diome porte avec force et avec élégance.
Voilà les quelques mots que je souhaitais prononcer au sujet de notre lauréate, et le parallèle qu’il y a lieu de faire avec Senghor.
Avant de procéder officiellement à la remise du Prix Richelieu Senghor, nous allons entendre deux allocutions d’ouverture. Je vais donc inviter successivement à prendre la parole :
– Madame la Déléguée générale de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie et députée des Français établis hors de France, Mme Amélia Lakrafi ;
– Son Excellence Monsieur Moctar Diop, Ambassadeur du Sénégal. »

Biographie de Fatou Diome :
Article de Fatou Diome :



