Le mot du président

Alban BOGEAT

La visite à Paris du Ministre québécois de la Justice et Ministre de la langue française, M. Simon Jolin-Barrette a donné lieu à deux événements importants auxquels j’ai été invité à représenter le Cercle Richelieu Senghor:
– jeudi 23 juin à l’Académie française,
– vendredi 24 juin à la résidence de la Déléguée Générale, pour la fête nationale du Québec.

Le discours du ministre à l’Académie française, précédé d’une introduction par Madame Hélène Carrère d’Encausse, Secrétaire perpétuel, a été particulièrement remarqué, et longuement applaudi.
Soulignant les liens historiques entre le Québec et la France, il a mis en lumière le rôle central joué par François 1er, faisant le parallèle entre l’histoire du Québec qui commence avec l’envoi par le roi de Jacques Cartier au Canada en 1534, et l’ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539 qui institutionnalisa le rôle de la langue française en France.

Le ministre a rappelé le combat permanent que doivent mener les Canadiens français pour se faire respecter et défendre leur langue et leur culture: 8 millions de Québécois cernés par 350 millions d’anglophones. Une nation qui « n’allait pas de soi ». Nation précaire, elle n’a survécu que grâce à la pugnacité de ses habitants et à son dynamisme démographique au 19ème et première moitié du 20ème siècle. Le combat du Québec est aussi celui des Acadiens et de tous les Franco-Canadiens.

Dans les années 1960, la « Révolution tranquille » est venue redonner espoir et dignité aux francophones, redevenus les acteurs de leur propre histoire, comme en témoignent les slogans « maîtres chez nous », ou « Québec français ». C’en était fini avec le mépris affiché à leur égard par les patrons anglophones, fini le « speak white ». C’était aussi le début d’une période de foisonnement culturel, symbolisée par le poète Gaston Miron avec L’homme rempaillé.

En 1977, avec l’adoption de la Charte de la langue française (dite « loi 101 »), la langue française devient le socle politique de la nation québécoise. C’est « notre » Villers-Cotterêts…
Objet: faire du français la langue de l’Etat, la langue du travail, de l’enseignement, des communications, du commerce et des affaires.
La charte bute depuis son adoption sur le cadre constitutionnel de la fédération canadienne, qui nie l’existence même de la nation québécoise.
En outre, 45 ans plus tard, de nouveaux périls guettent le français: avec la mondialisation, l’anglais n’est plus seulement la langue de Shakespeare, c’est la langue de la Silicon Valley et des GAFAM.

Il devenait indispensable de renforcer le dispositif de défense, d’où la Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français, dite « loi 96 », adoptée il y a un mois par l’Assemblée nationale du Québec, sous l’impulsion du Ministre.
Elle inscrit dans la constitution la nation québécoise, dont la seule langue officielle est le français. Elle impose l’exemplarité de l’Etat en ce domaine, face au danger du bilinguisme, « 1ère étape avant l’élimination de la langue dominée », selon une sociologue.

Le contexte démographique ayant totalement changé, il est indispensable d’associer aujourd’hui les immigrés au projet national: le français doit être langue d’intégration. Il doit rester la norme en matière d’enseignement, y compris supérieur. La loi 96 prévoit de limiter la croissance de l’enseignement universitaire en anglais, et impose l’exigence de maîtrise du français pour l’obtention d’un diplôme anglophone sur sol québécois.

Après s’être distendus, les rapports entre le Québec et la France ont été relancés par la visite du général de Gaulle en 1967.
Et je citerai enfin ces quelques phrases de conclusion du Ministre, ode à la francophonie et à la langue française:
« Aujourd’hui nous rêvons d’une ambition renouvelée pour la langue française, pour la francophonie et ses 320 millions de locuteurs »,
« Nous rêvons grand pour le Québec, pour la France et pour les francophones des cinq continents »,
« Quand la diversité des cultures devient tout aussi menacée que la diversité de la faune et de la flore, défendre la langue française n’a rien de folklorique »,
« Le Québec vous tend la main. Il vous convie à une union des forces entre nos deux nations, basée sur la certitude que le français n’est pas une cause du passé, mais un ferment d’avenir ».

Lien vers le texte du discours intégral du Ministre Simon Jolin-Barrette :
https://www.academie-francaise.fr/sites/academie-francaise.fr/files/discours_m._jolin-barrette.pdf

Alban BOGEAT
Juillet 2022


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